DOMINIQUE DE MENIL / ALEXANDER IOLAS
Interviews / June 3rd and 8th, 1977.

 

DOMINIQUE DE MENIL : Bien bien bien, très très bien. Ce n’est pas un musée pour
accrocher…
ALEXANDER IOLAS : Il fallait garder une idée paillarde, ce n’est pas un palais avec
des tableaux dedans, en général, enterrés dans le cimetière d’art moderne…
DOMINIQUE DE MENIL : Oui.hgyt
ALEXANDER IOLAS : Peut-être peut-on faire mieux…
DOMINIQUE DE MENIL : Oh non, c’est tellement beau “ cimetière d’art moderne ”.
ALEXANDER IOLAS : Vous savez, c’est formidable le musée d’art moderne, il n’y a pas d’idée
plus vivante, d’exemple plus formidable que le musée d’art moderne. Mais s’il n’y a pas de
monde…
DOMINIQUE DE MENIL : Non…
ALEXANDER IOLAS : Mais là bas il font des trucs ! Je crois que monsieur Viatte n’a aucun
talent, aucune imagination (c’est dommage, le gentil garçon). Qu’on ne laisse pas untel travailler,
je ne sais pas, je ne connais pas du tout la politique. Je suis tout à fait pour ce musée et pour
rehausser le niveau artistique en Europe car ça fera beaucoup de bien.
DOMINIQUE DE MENIL : Ah oui.
ALEXANDER IOLAS : Beaucoup de bien… Mais quant aux accrochages, il fallait les éviter au
maximum. Il fallait les mettre je ne sais pas où. Il fallait mettre une cave… Qu’est-ce qu’il fallait
faire ? Il fallait faire quelque chose pour mettre les tableaux sur des grands murs pas sur des
petites cellules n’est-ce pas ?
DOMINIQUE DE MENIL : Oui, c’est ça qui est terrible, ce sont ces petits panneaux et de voir
tous les tuyaux au dessus de sa tête.
ALEXANDER IOLAS : Non… même si on voit les tuyaux, ce n’est plus la proportion d’une
collection d’un musée. Ça enlève tout, c’est des petites choses comme ça… on dirait des petites…
non vraiment.4dc8c8bdd07391595325cc8de2683a32
DOMINIQUE DE MENIL : Des timbres-poste dans un album !
ALEXANDER IOLAS : Ah non, c’est pas bien ça ! En plus il n’y a pas de beaux tableaux.
DOMINIQUE DE MENIL : C’est à dire qu’il y en a quelques uns qui sont beaux mais ils ne sont
pas assez mis…
ALEXANDER IOLAS : Vous savez, avec toutes les donations qu’ils ont eues des plus grands
artistes, ils n’ont pas vraiment de beaux tableaux, il n’y a rien à faire.

DOMINIQUE DE MENIL : Oui, enfin…
ALEXANDER IOLAS : Des beaux tableaux ? Il fallait avoir des chefs-d’oeuvre, au moins de
chaque… Moi, ce musée là, si je faisais sa collection de petites chandelles, il fallait avoir : un Max
Ernst, un Magritte, un Picasso, un Brauner, un Matisse (même tout seul, le plus beau tableau du
monde) et enlever tout ce côté historique, pédagogique, didactique etc. Si c’est fait comme ça,
alors la formule est très mauvaise. Si c’est fait comme “ précieux ”, comme des boîtes précieuses
pour mettre des tableaux alors ils n’ont pas de tableaux précieux pour les y mettre. De n’importe
quelle façon qu’on le prend, c’est mauvais.
DOMINIQUE DE MENIL : Oui…
ALEXANDER IOLAS : C’est mauvais. Et puis les sculptures sont posées, n’est-ce pas, sur des
terrasses.
DOMINIQUE DE MENIL : Il n’y a pas une sculpture qui tiendra le coup sur ces terrasses.
ALEXANDER IOLAS : Pas seulement “ qui ne tiendra pas le coup ” mais ça fait comme la
terrasse du film Notre Dame de Paris de Lon Chaney (qu’on faisait à Hollywood sur la
construction de Notre Dame avec des gargouilles et tout ça). Tout à l’air de gargouilles là-bas !
DOMINIQUE DE MENIL : (rires)iolas de menil
ALEXANDER IOLAS : Vous avez remarqué ?
DOMINIQUE DE MENIL : Oui.
ALEXANDER IOLAS : Le panorama est très joli, il fallait faire ce musée… Il est entouré comme
le Christ entré dans le temple, qui a chassé tous les marchands. Tout autour il y a les galeries les
plus ignobles…Il y a beaucoup de curiosités. Il faut vingt cinq ans pour faire marcher ce musée.
C’est naturel. On ne peut pas faire marcher un musée sorti de la boîte. Ready-made. Ça n’existe
pas. C’est beaucoup d’argent. Ils ont fait des petites choses sentimentales comme les petits jeux du
cirque, les chevaux qui tournent pour les enfants, contredisant tout à fait le but de cette chose qui
est d’être une usine extraordinaire, moderne, alchimique… c’est tellement riche dans l’intention,
tellement riche en perversité artistique que tout de suite ça devient un endroit pour faire jouer les
enfants… c’est dommage. J’adore ce musée, je suis tout à fait pour ça. Je parle à tout le monde
pour donner de l’argent. Il faut donner car ça peut aider toute l’Europe.
DOMINIQUE DE MENIL : Je crois, je crois.
ALEXANDER IOLAS : Il faut que ça aide toute l’Europe. C’est pas seulement pour que la
France prenne position. C’est normal que la France ait une position, depuis 1900 la France a joué
un rôle tellement important. Tout à été fait pour accueillir les plus grands mouvements. C’est vrai
qu’il y a Zurich, Leipzig tous ces gens là n’est-ce pas… Malevitch, en Russie, même le futurisme
en Italie mais malgré tout, beaucoup de choses sont nées là-bas, en France. Il faut qu’ils fassent
très attention. Pontus est vraiment formidable n’est-ce pas.
DOMINIQUE DE MENIL : Oh ! Mais comment il a tenu le coup ? Sans lui il n’y aurait rien, ça
s’effondrerait.C0148
ALEXANDER IOLAS : Pontus est la seule personne qui ne parle pas, qui ne dit jamais rien.
Quand il dit un mot, vous vous en rappelez toute votre vie. Les autres sont des professeurs, des
collectionneurs des amateurs, des spécialistes… ce sont des microbe qui sont posés sur cet animal
de Beaubourg.
DOMINIQUE DE MENIL : (rires)

ALEXANDER IOLAS : Mais moi je suis étonné par ça.
DOMINIQUE DE MENIL : Non, Pontus est le seul qui essaye vraiment de donner une âme a cet
endroit.
ALEXANDER IOLAS : Avec ses efforts et ses partis pris, on sent que c’est un homme vraiment
juste, correcte et qui voit beaucoup plus loin. C’est le seul qui voit.
DOMINIQUE DE MENIL : Oui, qui voit loin.
ALEXANDER IOLAS : Tout le reste c’est des spécialistes. Pourvu qu’il vive.
DOMINIQUE DE MENIL : Oui, pourvu qu’il vive parce que c’est horriblement dur, c’est
presque monstrueux.
ALEXANDER IOLAS : C’est des proportions très dangereuses. Ce musée pour survivre il fallait
des gens contents de collaborer avec lui. Il n’a pas de collaborateurs. Il y a deux trois femmes que
madame de […].
DOMINIQUE DE MENIL : Mais ça c’est le côté mondain…
ALEXANDER IOLAS : C’est deux mondaines. She means well. Il faut beaucoup de travail dans
ce musée, ça pourra devenir une chose formidable.
DOMINIQUE DE MENIL : Ça se fera vous savez…
ALEXANDER IOLAS : Les très mauvaises choses c’est ces petites places qu’ils arrangent, Ils
mettent toujours huit ou dix branches qui vont grandir près des petites places de villages.

DOMINIQUE DE MENIL : Tout autour vous voulez dire ?
ALEXANDER IOLAS : C’est affreux.
DOMINIQUE DE MENIL : Qu’est-ce que voulez dire ? C’est quand même pas mal.
ALEXANDER IOLAS : Même nu ce serait mieux. Ah ! Enfin, toute cette ferraille et les arbres
qui poussent romantiquement comme dans les petites places de Mairie la Campagne ou Mairie
d’Ivry… ou je ne sais pas…
DOMINIQUE DE MENIL : (rires)
ALEXANDER IOLAS : Huit arbres, un deux, trois, quatre… non ça c’est affreux.
DOMINIQUE DE MENIL : Mais qu’est-ce que vous vouliez faire ? Une esplanade ? Seul au
milieu d’une grande esplanade ? C’est bien que les gens puissent vivre dehors, jouer de la guitare,
manger des crêpes…
ALEXANDER IOLAS : Mais on s’en fout de la guitare, on s’en fout de toutes ces choses là. Il y
a tellement de curieux. Il faudrait déjà lui ôter son côté curieux. Il ne faut pas que ce soit une
chose curieuse.
DOMINIQUE DE MENIL : Ah ça c’est inévitable, on a fait trop de publicité…….